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jeudi 2 janvier 2014

Quatre Soeurs, tome 2 : Hortense, une bande dessinée de Cati Baur d'après Malika Ferdjoukh

19540756 Dans ce deuxième tome de la série, il est question d'Hortense, 11 ans, qui passe sa vie dans les livres et se demande se qu'elle va devenir : un personnage de sa série préférée? Chirurgienne de maladies incurables pour venir en aide à sa nouvelle amie Muguette? Ou bien comédienne? Mais pour monter sur scène, Hortense va devoir vaincre sa timidité... C'est dans son journal intime dont elle nous livre des extraits, qu'Hortense s'interroge et partage les hauts et les bas de sa vie d'adolescente.

La tétralogie de Malika Ferdjoukh figure en bonne place parmi mes romans préférés depuis déjà quelques années. J'en relis certains passages quelques fois au gré de mes envies car j'aime de tant à autre retrouver la Vill'Hervé et les cinq sœurs Verdelaine. J'ai toujours pensé qu'une adaptation (en 4 épisodes si possible) à la télévision pourrait être une merveilleuse idée. Mais ça, c'était avant que je me plonge dans les bandes dessinées de Cati Baur ! Depuis, je me dis qu'aucune adaptation en images ne pourra rivaliser avec celle-ci. J'avais déjà été séduite par le tome 1, Enid (sorti en janvier 2011 chez Delcourt) mais j'ai trouvé ce tome 2 encore plus délicieux. Dans ce volet, nous découvrons quelques pages du journal intime de Hortense, l'avant dernière sœur. Elle y raconte son malaise, sa difficulté d'être 1 parmi les 5, une multitude pour elle. Sur sa falaise fouettée par le vent, Hortense se réfugie dans son isolement, jusqu'au moment où elle fait la connaissance de Muguette, une jeune fille d'à peu près son âge, fantasque et énergique malgré sa maladie et qui use de jeux de mots comme personne. Dans ce tome, nous verrons Hortense essayer tant bien que mal de vaincre sa timidité. On la verra répéter pour ses cours de théâtre et même plus tard, endosser le rôle de Hortense (ça ne s'invente pas !), l'héroïne de la pièce de Marivaux, Le Petit Maître corrigé.
Il y a aussi un Petit Maître corrigé dans l'histoire des sœurs Verdelaine et il s'agit de la coquette Bettina. Son personnage de fille futile et superficielle prend de l'épaisseur pour le plus grand plaisir de l'auteur. Lorsque Merlin, l'irrésistible et attachant livreur de Nanouk Surgelés (un de mes personnages préférés de la saga) lui fait savoir qu'elle lui plaît, elle se montre odieuse avec lui. Elle le trouve trop moche et ne veut pas être vue à ses côtés, de peur de perdre la face devant ses amies. Sûre d'elle même, arrogante, Bettina ne se doute pas qu'elle est déjà amoureuse ... L'humiliation risque d'être terrible pour la jeune fille qui devra apprendre à voir au-delà des apparences. J'attendais avec impatience de voir apparaître Merlin entre les pages de cette bande-dessinée. Ce personnage est superbe et je pense que Cati Baur lui a fait honneur ! La scène de danse entre lui et Bettina ou encore celle de la grande roue sont aussi romantiques et déchirantes que je me les imaginais à la lecture du roman.
Tout au long de ces 150 pages et quelques, on ne s'ennuie pas une seconde. L'artiste a su donner un rythme trépidant à sa bande dessinée tout en ménageant des temps de pause qui offrent des scènes contemplatives et même un brin poétiques au récit. Les petits moments du quotidien ont aussi beaucoup à offrir (comme les fameuses conversations à bâtons rompus entre Enid et le gnome de la chasse d'eau, pour ne citer qu'un exemple). La mise en scène de Cati Baur est pleine d'inventivité et de charme. Il y a un vrai travail sur les plans (comme au cinéma !), les couleurs et pleins de petits effets de style ingénieux (comme la bulle qui susurre une mauvaise idée à l'oreille). Le trait est délicat, à la fois vif et harmonieux. C'est un vrai festival pour les yeux.
Une bande dessinée colorée et chaleureuse, idéale pour l'hiver !

Les 2 tomes, Enid et Hortense, ressortent en janvier 2014 chez Rue de Sèvres, la collection BD rattachée à L'Ecole des Loisirs. Le format est plus grand et le rendu des couleurs plus fidèle.

vendredi 20 décembre 2013

Le Coeur des louves de Stéphane Servant


Célia est arrivée seule, à la fin de l'été. Livrée à elle-même dans la vieille maison, elle attend sa mère. Le village est toujours pareil, perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son Iac Noir. Leur retour réveille de vieilles histoires. Celles d'une grand-mère à la réputation sulfureuse, morte il y a quelques années. Car ici, tout le monde se connaît depuis toujours. On s'aime trop ou on se hait et ce sont les hommes qui font la loi, par la force s'il le faut. Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, elle devra se tailler un chemin, entre mensonges et superstitions. Et se faire louve pour ne pas être proie ...

Le Coeur des louves, nouveauté de la rentrée des éditions Rouergue, est un roman fleuve au style ample, élégant et poétique. Dans le récit, l'auteur entrelace avec finesse et délicatesse deux voix et deux existences : celle de Celia, une jeune fille solitaire et blessée, rongée par le divorce de ses parents et la dépresssion de sa mère, un écrivain célèbre, et celle de Tina, sa grand-mère, une femme étrange considérée par les habitants du village comme une créature excentrique et un peu sorcière. En se réinstallant dans la maison de sa grand-mère, au coeur de la vallée, dans un petit village qui n'a pas de nom, Celia revient sur les traces de son enfance et essaiera tant que mal de sonder les mystères des coeurs et des âmes de ses habitants. Les plus anciens croient encore en cette légende de femme louve et continuent de porter le poids du souvenir d'atrocités commises juste après la guerre, une série de meurtres de petites filles, dont un étranger fut alors accusé ... Tina a vécu pendant toutes ces années en marge de la société. Elle, ainsi que sa fille, Catherine, ont toujours été méprisées et considérées comme des pestiférées. Lorsque Célia revient au village, elle constate que les choses n'ont pas changé. On la regarde elle aussi d'un mauvais oeil, et les garçons, à commencer par Paul, le petit fils du maire, le chef de bande, se montrent très vite entreprenants ... Même si l'atmosphère du roman est baignée de fantastique, le surnaturel ne prend jamais le pas sur la folie des hommes ordinaires, leur violence, leur machisme, ainsi que sur la puissance des passions amoureuses et des superstitions. Celia ouvre la boîte de Pandore, et révèlera peu à peu les secrets enfouis sur trois générations de femmes. L'héroïne est une jeune fille éprise de liberté en manque de repères et d'affection. Au cours de son aventure, aux allures de quête d'identité, elle découvrira bien plus que ce qu'elle aurait imaginé, sur elle-même et sa famille mais aussi sur l'amour et les hommes... Avec un talent d'écriture indéniable, l'auteur nous embarque dans un roman fleuve dense, sombre, tortueux, romantique, porté par un imaginaire riche, saisissant, et envoûtant. Le Coeur des louves est tout à la fois un récit initiatique, un thriller familial et un roman très féminin. A lire absolument et à mettre entre les mains d'un grand ado !

Petites scènes capitales de Sylvie Germain

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J'ai lu Petites scènes capitales, le dernier roman de Sylvie Germain, dans le cadre du partenariat avec PriceMinister, et j'ai trouvé ce texte troublant, lyrique et très bien écrit.

Pour la rentrée littéraire 2013, l’'avant Mai 68, puis sa traversée, font irruption dans l’'oeuvre de Sylvie Germain.
Comme une tapisserie de légende, les fils de l’'intime et du tragique se tissent en Petites scènes capitales, qui du berceau jusqu’'à la mort disent l'’infini bonheur d’'être au monde, fût-ce au prix de douleurs difficiles à endormir.


A travers 49 courts récits impressionnistes et d'une grande sensibilité, Sylvie Germain raconte l'existence et l'errance de Lili. Ces petites scènes capitales conjugent les tragédies, celle familiale tout d'abord car Lili doit composer avec un père taiseux qu'elle adore, la mort d'une mère qu'elle n'a jamais connue, sa belle-mère, Vivianne, un ancien mannequin, inaccessible, déjà nantie de quatre enfants, une fille, une fils et deux jumelles - mais aussi celle amoureuse, existentielle...
Face à cette famille recomposée, Lili peine à trouver sa place. Elle est discrète, ne trouve en elle rien d'exceptionnel et souffre de ne pouvoir se faire aimer et remarquer davantage.
Au fil du temps, cette famille reconstituée se transforme, au gré de tragédies, qu'un pique-nique un bel après-midi initiera de manière terrible. Une séance photo improvisée, une chute et plus rien ne sera plus comme avant ... Chaque membre de la famille soigne son désespoir et son chagrin d'une manière qui lui est propre. Les personnalités se révèlent et les coeurs se referment. Lili "la discrète" assiste, fidèle à elle-même, à la brisure d'une famille qui ne se relèvera jamais.
Tout au long de sa vie, Lili sera en quête d'amour, une quête permanente et illusoire, faite avant tout d'interrogations.

Les chapitres, très courts, ressemblent à des instantanés, des photos prises de moments fugaces mais révélateurs, ou alors à des peintures impressionnistes qui mettent en valeur des moments de grâce, terribles et beaux à la fois. Les premières fois, les découvertes, les traumatismes, les éblouissements, les moments d'éclats, autant d'instants saisis par la poésie lyrique de Sylvie Germain.
La beauté de ce livre réside dans beaucoup de choses mais essentiellement pour moi dans l'acuité du regard de son auteur et son écriture qui accompagne l'errance de son (anti?)-héroïne dans les moments les plus tragiques, tendres et triviaux de son quotidien.
Ce roman d'apprentissage joue sur les symboles, l'art de la belle phrase et la richesse lexicale. D'une grande maîtrise littéraire et narrative, le récit se fait parfois exigent. Mais il n'est jamais désespérant, pour l'auteur et pour Lili, la notion de "salut" est toujours possible, et avec elle, les belles rencontres et l'optimisme (la scène finale en est d'ailleurs un bel exemple).

Je ne dirais pas qu'il s'agit là de mon roman préféré de l'auteur. Je garde une admiration toute particulière pour le premier que j'ai découvert, le terrible mais magnifique L'Enfant Méduse, et deux autres textes découverts plus tardivement, Tobie des marais et Jours de colère. J'ai été un petit peu moins séduite par l'aspect un petit plus "dispersé" de l'intrigue et par le style, encore plus esthétique, qu'auparavant.

Ce livre a été lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten. Merci à Oliver !

Note attribué au livre : 16/20

Lien vers la fiche produit : http://www.priceminister.com/offer/buy/208329731/petites-scenes-capitales-de-s-germain.html

mardi 17 décembre 2013

Gatsby le magnifique, la bande dessinée (de Bachelier & Melchior-Durand)

Dans la Chine des années 2000, Nick Carraway, petit architecte, s’installe à Shangaï. Non loin de lui vivent Tom et Daisy Buchanan, la cousine de Nick, ainsi qu’un jeune millionnaire, Jay Gatsby. Sa villaluxueuse est le théâtre de fêtes somptueuses où se côtoient le pire et le meilleur de la société chinoise. Invité à son tour, Nick devient l’ami et le confident de Gatsby. Il apprend que derrière ces fastes se cache un passé trouble mais surtout le désir impérieux de reconquérir Daisy, perdue quelques années auparavant. Entre ces personnages, l’étau se resserre jusqu’à l’inexorable et tragique dénouement.

Adapter Gatsby le Magnifique en bande dessinée me paraissait être un pari plus que risqué. Jusqu'ici, je n'avais guère été séduite par les transpositions en BD des grands classiques de la littérature, elles me semblaient souvent manquer de souffle (les Posy Simmonds mises à part mais il s'agit de relectures très libres). Cet ouvrage est un peu une exception pour moi. J'ai trouvé le travail des auteurs absolument formidable. Ils nous livrent ici une adaptation délicieusement exotique et mystérieuse de ce chef d'oeuvre de la littérature. Les couleurs tour à tour douces et chatoyantes sont splendides. La mise en couleur est particulièrement réussie lorsque le dessinateur met en scène les fameuses fêtes nocturnes de Gatsby. J'ai aussi été charmée par les couleurs de ses cerisiers en fleurs. L'ensemble, aussi lumineux que ténébreux, correspond à mon avis très bien à l'esprit du roman de Fitzgerald. Ce qui fait la réussite de cette BD en tant qu'adaptation, c'est qu'elle vit et peut s'apprécier très bien en dehors de l'oeuvre originale. Pas besoin de connaître le roman pour se laisser emporter par le souffle romanesque et l'emprise dramatique et cruellement passionnelle du récit. J'ai apprécié cette idée de transposer dans le Shanghai moderne cette histoire pourtant si intimement liée à l'Amérique de la génération perdue. Les choix narratifs m'ont paru intelligents. J'ai été conquise par la mise en scène, le choix des angles de vue, le découpage de l'intrigue et plus généralement, la manière dont la bande dessinée convoque la mythologie du roman. Une merveille de bande dessinée, donc !

Une faiblesse de Carlotta Delmont de Fanny Chiarello


En avril 1927, alors qu'elle vient de triompher dans sa première Norma parisienne, Carlotta Delmont disparaît. Fugue, suicide, enlèvement ? Pendant deux semaines, la police, la presse, le public et les proches de la cantatrice américaine s'interrogent. Jusqu'à ce qu'elle reparaisse et que leurs interrogations se reportent sur les raisons de sa fuite. Où était-elle pendant tout ce temps ? Avec qui ? Carlotta a fait l'objet de tant de commentaires et de théories qu'elle est devenue, à son corps défendant, une légende vivante à la croisée des regards et des désirs. Elle va payer très cher son moment de faiblesse et devoir sacrifier une part d'elle-même pour sa liberté, à l'image de ses héroïnes préférées ...


Une Faiblesse de Carlotta Delmont est le récit riche et troublant de la fugue d'une diva américaine, Carlotta Delmont, une cantatrice à la recherche d'elle-même, une femme éprise de liberté et exaltée, glamour, fragile et passionnée. Un roman tout en nuances et sensibilité, aussi bien sur la forme que sur le fond.
La plume de l'auteur virevolte sans cesse, pour le plus grand plaisir du lecteur.  Avec finesse et légèreté, elle dresse un portrait saisissant d'une étoile, d'une figure de légende, d'une artiste émouvante et insaisissable et pose la question des rapports entre vie quotidienne et célébrité. Notre héroïne est aux prises avec un monde qui peut parfois se montrer sans pitié avec ses artistes.
Carlotta est une cantatrice adulée mais lorsqu'elle disparaît la nuit suivant son concert à l'Opéra Garnier, les rumeurs vont bon train. S'agit-il d'un enlèvement ? D'un suicide ? Les journaux s'en mêlent et les langues vont bon train, au risque de détruire irrémédiablement sa réputation et sa carrière et de lui faire perdre toute dignité. On dénonce alors la jeune femme comme "une créature inapte au réel", une hystérique fantasque et da. Même si le public, fasciné, applaudit son talent, il est bien incapable de lui pardonner ses faiblesses, et son "escapade"... Carlotta est originale et audacieuse, n'en déplaise aux plus puribonds ...
Et la structure narrative du roman est à l'image parfaite de son héroïne hors normes. Le récit prend plusieurs formes : lettres, extraits de journaux, télégrammes,  journal de bord, pièce de théâtre ... La forme a rarement aussi bien servi le fond ! Le récit se fonde sur l'intimité, le ressenti et les confessions de ses personnages, le tout dans une ambiance empreinte de mystère.
L'intrigue se passe à la fin des années 20, entre Paris, Milan et les Etats-Unis. Carlotta Delmont est elle aussi, à sa façon, une héroïne de la Génération Perdue. J'ai apprécié les références, notamment à Fitzgerald et à sa nouvelle, Bernice Bobs Her Hair.

Une Faiblesse de Carlotta Delmont est un petit délice de roman, qui se savoure page après page. C'est un livre fascinant, intrigant, servi par un style délicat et dans lequel l'auteur fait preuve d'humour et d'espièglerie malgré la tonalité mélancolique et grave de l'ensemble, comme si Carlotta se devait de rire de l'absurdité de sa condition ...


De Fanny Chiarello, j'ai lu il y a quelques mois (et beaucoup aimé) le roman Holden, mon frère, paru chez L'Ecole des Loisirs.